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LYON, MAI 1983, LE DOSSIER
J'ai rencontré Guido Rossi pour la premiere fois a la fin de l'hiver dernier. Je faisais alors régulierement le trajet entre Paris et Lyon pour le compte de l'administration : j'étais censé coordonner — depuis Paris — les actions menées sur place par les différents départements ministériels pour tenter d'améliorer le sort des populations dites défavorisées. Comment donner a ces familles tout a la fois une instruction, un emploi, parfois une santé — mentale ou physique ? Comment faire pour que Vabri — plutôt que le logement — qui leur était attribué dans une zone dépotoir édifiée a l'écart des favorisés, ne redevienne pas quasi instantanément un nouveau taudis ? Et surtout, comment donner des raisons d'exister a des gens qui n'en ont aucune — conforme tout au moins a ce que la société attend d'eux ?
Travail morose, parce que sans espoir. La facilité avec laquelle la société et ses meilleures intentions théoriques sécretent malheur et souffrance m'a toujours laissé perplexe. Que d'efforts, d'argent, de reglements, de fonctionnaires pour parvenir a ce désastre : la banlieue de Lyon.
Apres mes réunions préfectorales, plutôt mélancoliques, j'allais absorber dans un bouchon — sombre mais pour cela accueillant, dans une rue elle-meme